Pour Sleeping, j’ai imaginé la création vidéo comme un prolongement naturel du plateau, en développant un langage visuel qui dialogue avec la lumière, la musique live et les interprètes. Les images projetées ne se contentent pas de surplomber la scène : elles épousent les corps et les mouvements, comme une matière vivante, oscillant entre apparition fugace, texture sensible et espace mental.
La vidéo était conçue comme une fenêtre ouverte sur les paysages intérieurs du personnage — ses souvenirs, ses angoisses, ses états d’âme. Les compositions visuelles cherchaient à traduire des sensations de mémoire éclatée, de dérive et d’instabilité émotionnelle, en résonance directe avec ce qui se jouait sur le plateau.
Ce travail vidéo s’est aussi construit en lien étroit avec un tapis miroir de danse, qui redessinait en profondeur la perception de l’espace scénique. Les projections, les reflets et les jeux de profondeur créés par cette surface réfléchissante démultipliaient les images et les corps, transformant le plateau en un lieu flottant, entre réalité tangible, reflet trompeur et imaginaire débordant.
Le dispositif vidéo, ici, ne cherche pas tant à illustrer qu’à prolonger la sensation scénique. L’image devient rythme, respiration, profondeur — une écriture visuelle où chaque plan s’articule étroitement avec la scénographie, le temps et la perception, pour offrir une expérience sensible au service du spectacle vivant.
Présenté en France et à l’international, Sleeping déploie une esthétique minimaliste et immersive dans laquelle la vidéo n’est pas un simple décor, mais un élément dramaturgique à part entière.